L'heure Exquise

L’Heure Exquise #8 : Toutes les vies de Kojin, de Diako Yazdani

Rencontre ce mois-ci avec le cinéaste kurde iranien, Diako Yazdani, autour de son documentaire, Toutes les vies de Kojin.

Kojin est un jeune kurde irakien, homosexuel, âgé de 23 ans. Tout au long du film – Diako Yazdani derrière et Kojin devant la caméra – partent à la rencontre de la société kurde irakienne. Une société où l’homosexualité est totalement exclue, voire impensable, inconcevable.

Le film se construit en une série de rencontres, avec des hommes rencontrés sur des terrasses de café ou réunis pour aborder ce sujet absolument tabou ; avec la famille de Diako Yazdani ; ou encore avec un célèbre imam – guérisseur, prônant un islamisme radical. Malgré la haine, la violence et l’absurdité des propos, Diako Yazdani et Kojin ne sont jamais dans la dénonciation, ils sont simplement les miroirs d’une société enfermée dans ses irrationalités et ses contradictions.

L’Heure Exquise #7 : L’Acre parfum des immortelles, de Jean-Pierre Thorn

Ce mois-ci nous recevons Jean-Pierre Thorn, réalisateur de l’âcre parfum des immortelles. Un collage poétique et politique, où s’entremêlent le récit d’une passion amoureuse et les souvenirs de luttes ouvrières, populaires et syndicales, qui ont rythmé la filmographie militante de Jean-Pierre Thorn.

L’âcre parfum des immortelles mélange en effet des extraits de films aux retrouvailles avec ces figures rebelles qui ont marqué son cinéma. Jean-Pierre Thorn remonte ainsi le fil de ses films et de sa vie, en passant par les luttes ouvrières vécues dans les années 70, puis le mouvement hip-hop, et aujourd’hui celui des gilets jaunes. Le tout en redonnant vie à Joëlle, son amour de jeunesse, disparu trop tôt.

L’Heure Exquise #6 : Une heure exquise qui lui est dédiée

Ce mois-ci, nous écoutons l’Heure Exquise, celle du cinéaste marseillais René Allio,  réalisé en 1981. Un moyen métrage de 60 minutes, tourné en 16mm, dans  le labyrinthe de Marseille. La voix off de l’auteur est présente tout au  long de cette Heure Exquise. Il nous accompagne pour conter sa ville,  dont les traverses et les sinuosités trament ses propres narrations  familiales.

Après guerre, René Allio quitte sa région d’origine pour s’engager dans  une carrière théâtrale qui lui permet d’atteindre la notoriété en tant  que décorateur, costumier, puis scénographe. Son retour à Marseille  s’amorce dans les années soixante et connaît deux temps, étroitement  liés à son cinéma. En 64, il choisi Marseille pour planter le décor de  son premier film, La Vieille dame indigne, qui lui vaut un véritable  succès populaire. 5 films et 13 ans plus tard, il signe son 7e  long-métrage, Retour à Marseille. L’Heure Exquise en fut le versant  documenté et autobiographique ; une réconciliation avec son histoire  familiale, ancrée dans son territoire natal. En 1980, sur le tournage de  L’Heure Exquise, René Allio disait ceci : « Dire que, comme Marseille  qui, aussi vieille que Rome, n’a pas gardé de monuments comme si elle  n’avait pas d’histoire, ce film ne parlera ni de grandes choses, ni de  grands événements, ni de grands hommes. »

L’Heure Exquise est un hommage à un air célèbre de l’opérette  autrichienne La Veuve Joyeuse de Franz Lehar. « Je me souviens comme  j’allais en voiture jusqu’au Parc Borely pour y marcher, courir, d’avoir  entendu sur France Musique un morceau de la Veuve Joyeuse : nommée  L’Heure Exquise ; et dans tout ce contexte sentimental de retour à  Marseille, et du remuement du passé, de l’émotion qui m’a étreint en  entendant le morceau parce qu’il me faisait à la fois penser à mon père  et ma mère jeunes, et aux sentiments que j’éprouvais adolescent quand je  pensais à l’amour. »

Débarrassé de tout dogme esthétique, ce film propose une « exploration  sentimentale », un parcours à travers le Marseille des grands-parents de  René Allio, immigrés italiens installés entre Bon Secours et  Saint-Gabriel, jouxtant la Belle de Mai. Dans ce film mémorial, on  descend en ville et on remonte dans le passé de l’auteur. On saisit des  habitudes et les histoires familiales qui bercèrent son enfance, gagnant  le statut de mythes au fil des récits. Gestes, images, sons, lieux sont  autant de souvenirs que René Allio réagence de film en film pour  dresser le portrait d’une ville qui prolonge et compile ces héros qui ne  laissent pas de traces.

L’Heure Exquise #5 : Mohammed Lakdar Tati & Djamil Beloucif

Nous recevons aujourd’hui Djamil Beloucif et Mohammed  Lakhdar Tati, deux invités que nous avons laissé converser en tête à  tête pendant une heure.

Djamil Beloucif est réalisateur, membre fondateur du Clou,  association qui propose des ateliers de cinéma se déclinant en  description, analyse et interprétation d’images. Le Clou organise  également des événements, comme cette rétrospective dédiée aux œuvres du  cinéaste algérien, Mohammed Lakhdar Tati.

Lakdar Tati a réalisé plusieurs courts-métrages dans l’Algérie des «  années de sang », puis il a émigré en France, en 2003. Il a depuis  réalisé quatre films : Aveux, un court-métrage de fiction en 2003 ; Joue à l’ombre ! (2006), documentaire réalisé dans les rues d’Alger, puis Dans le silence, je sens rouler la terre (2010).

En 2017, Tati réalise son premier long métrage, Fais soin de toi.  Un road documentaire d’Alger au Sud du pays, où il sonde la définition  de l’amour et du sentiment amoureux de ceux qu’il rencontre. Selon  Lakhdar Tati :  » le sentiment amoureux est un indicateur assez  fiable pour mesurer le mal-être et la mal-vie des Algériens. La question  de l’amour révèle les ravages de la politique de la haine de soi  exercée par le pouvoir en place, si bien que les Algériens ont  intériorisé l’idée qu’ils sont brutaux, violents, fainéants et qu’ils ne  sont pas faits pour aimer. Dans leur conception, l’amour est fait pour  les Occidentaux. »

L’Heure Exquise #3 : Caroline Caccavale & Joseph Cesarini

Nous recevons Caroline Caccavale et Joseph Cesarini,  producteurs, réalisateurs et couple fondateur de l’association Lieux  Fictifs, espace de pensée, de pratique et de création cinématographique  qui oeuvre au sein de la prison des Baumettes depuis plus de trente ans.

Au sein de cette Heure Exquise, nous évoquerons trois des films qui ont marqué ces trois décennies vécues par Lieux Fictifs aux Baumettes.

Nous commencerons avec le documentaire De Jour comme de Nuit (1991),  réalisé par Renaud Victor, assisté par nos invités, Caroline Caccavale  et Joseph Cesarini. Une immersion de trois ans dans la vie des détenus  et du personnel pénitentiaire.
Nous évoquerons ensuite 9m2 pour deux (2006),  réalisé par Joseph Cesarini et Jimmy Glasberg. Un film où 10 détenus,  tour à tour interprètes et filmeurs, mettent en scène leur vie  quotidienne. Ce film est le fruit des pratiques cinématographiques  continues mises en place par Lieux Fictifs aux Baumettes, tout comme Anima (2016), co-réalisé par Caroline Caccavale et Joseph Cesarini.

Anima a été pensé, écrit et interprété par  des personnes détenues de la prison des Baumettes et des habitants de  Marseille. Différents artistes y ont également été associés, comme le  chorégraphe Thierry Thieû Niang et le compositeur Lucien Bertolina,  fondateur de notre studio de création sonore Euphonia.
Dans Anima, toutes ces personnes inventent et fabriquent ensemble des  sons, des mouvements, des textes et des images pour mettre en partage  leurs désirs, leurs rêves. Ils créent ainsi une fiction, un récit, une  langue commune et de nouveaux territoires. Ces Lieux Fictifs, dans la  porosité entre le dedans et le dehors.

Ces trois films sont projetés au sein du cycle d’événements Prison Miroir,  organisé par Lieux Fictifs & La Friche Belle de Mai. Prison Miroir  met en lumière tous les reflets de la relation, entre ce dedans et ce  dehors, mais aussi entre la prison et l’art, à travers des expositions,  des projections, des rencontres, des tables rondes, et des écoutes  sonores, afin d’offrir différents regards sur et depuis l’univers  carcéral. Le week-end inaugural a eu lieu du 25 au 27 octobre, le second  week-end majeur de Prison Miroir se tiendra du 7 au 9 février  prochains. Les expositions « Un Œil sur le dos » d’Arnaud Théval et « Détenues » de Bethina Rheims sont toujours visibles à la Friche Belle de Mai jusque la fin de Prison Miroir, le 23 février prochain.

Au sein de ce cycle est donc organisée une rétrospective  cinématographique des œuvres des créateurs, producteurs et réalisateurs  de Lieux Fictifs, baptisée « Regards depuis la prison ». Une rétrospective qui s’étale jusqu’en février, dans laquelle l’on retrouve les trois films évoqués dans cette heure.

L’Heure Exquise #4 : Mohammed Lansari & Philippe Pujol

C’est un numéro un peu particulier, puisque l’invitée fil rouge  de cette émission n’est pas venue. Nous devions recevoir Monika  Borgmann, cinéaste allemande installée à Beyrouth, mais elle n’a pas  pris l’avion au matin de l’émission.

Elle était invitée de la 14e édition du festival Les Rencontres à  l’échelle, pour présenter son film, Tadmor, réalisé en 2016, avec  Lokman Slim. Un documentaire dans lequel une vingtaine d’anciens  prisonniers libanais témoignent des tortures et humiliations subies lors  de leur détention dans la prison de Palmyre, en Syrie.

Dans le cadre de ces Rencontres à l’échelle, était également invité Mohammed Lansari, directeur de la cinémathèque de Tanger. Nous lui avons posé quelques questions puis il s’est prêté au jeu du questionnaire de cinéphilie, Cinémoi.

En seconde partie d’émission, nous vous proposons un nouveau Cinémoi avec le journaliste et écrivain marseillais, Philippe Pujol, prix Albert Londres en 2016, avec La Fabrique du monstre, et récent auteur de La Chute du monstre, publié aux éditions Le Seuil le 7 novembre dernier, un an après les effondrements des deux immeubles de la rue d’Aubagne.
Il revient lui aussi sur ses plus grands émois au cinéma, de Dumbo à Jim  Jarmusch, en passant par les Daltons, Pussycat kill Kill Kill, John  Cassavettes ou François de Roubaix.

L’Heure Exquise #2 : Les 20 ans des 4 Saisons d’Espigoule

C’est avec un plaisir immense que nous célébrons les 20 ans d’un  film culte, l’un des plus grands chefs d’oeuvres du cinéma provençal,  Les 4 saisons d’Espigoule. Voici une heure exquise avec son réalisateur,  Christian Philibert.

Quatre saisons dans la vie de Ginasservis, un petit village du  Haut-Var, vu par le prisme de ses personnages, de leurs folies, de leur  verbe. On pourrait classer maladroitement Espigoule dans un registre  Pagnolesque, pourtant au Pays de Giono. On pourrait le qualifier de  village gaulois, avec c’est vrai de nombreux personnages qui nous  renvoient à Uderzo. Je pense au poète Bastide, proche d’Assurancetourix,  ou le patron du bar, Jean-Marc, véritable réincarnation provençale  d’Obelix.

Mais 20 ans plus tard, ce n’est pas usurper d’affirmer que Les 4  Saisons d’Espigoule reste inclassable. Une Docu-Médie, où tout n’est pas  vrai, mais rien est vraiment faux. Un film où on oublie très vite que  c’est joué, même si on le comprend. Et d’ailleurs est-ce toujours joué ?  Le ferment créatif du film repose bien sur cette ambiguïté, cette  friction constante entre le documentaire et la fiction, pour créer le  terrain fertile d’une improvisation juste. Comme le disait le patron du  Café du Cours, Jean-Marc Ravera, Christian Philibert a su créer « une  ambiance ».