L’Heure Exquise #6 : Une heure exquise qui lui est dédiée

L’Heure Exquise #6 : Une heure exquise qui lui est dédiée

24 janvier 2020 L'heure Exquise 1:00:01

Ce mois-ci, nous écoutons l’Heure Exquise, celle du cinéaste marseillais René Allio,  réalisé en 1981. Un moyen métrage de 60 minutes, tourné en 16mm, dans  le labyrinthe de Marseille. La voix off de l’auteur est présente tout au  long de cette Heure Exquise. Il nous accompagne pour conter sa ville,  dont les traverses et les sinuosités trament ses propres narrations  familiales.

Après guerre, René Allio quitte sa région d’origine pour s’engager dans  une carrière théâtrale qui lui permet d’atteindre la notoriété en tant  que décorateur, costumier, puis scénographe. Son retour à Marseille  s’amorce dans les années soixante et connaît deux temps, étroitement  liés à son cinéma. En 64, il choisi Marseille pour planter le décor de  son premier film, La Vieille dame indigne, qui lui vaut un véritable  succès populaire. 5 films et 13 ans plus tard, il signe son 7e  long-métrage, Retour à Marseille. L’Heure Exquise en fut le versant  documenté et autobiographique ; une réconciliation avec son histoire  familiale, ancrée dans son territoire natal. En 1980, sur le tournage de  L’Heure Exquise, René Allio disait ceci : « Dire que, comme Marseille  qui, aussi vieille que Rome, n’a pas gardé de monuments comme si elle  n’avait pas d’histoire, ce film ne parlera ni de grandes choses, ni de  grands événements, ni de grands hommes. »

L’Heure Exquise est un hommage à un air célèbre de l’opérette  autrichienne La Veuve Joyeuse de Franz Lehar. « Je me souviens comme  j’allais en voiture jusqu’au Parc Borely pour y marcher, courir, d’avoir  entendu sur France Musique un morceau de la Veuve Joyeuse : nommée  L’Heure Exquise ; et dans tout ce contexte sentimental de retour à  Marseille, et du remuement du passé, de l’émotion qui m’a étreint en  entendant le morceau parce qu’il me faisait à la fois penser à mon père  et ma mère jeunes, et aux sentiments que j’éprouvais adolescent quand je  pensais à l’amour. »

Débarrassé de tout dogme esthétique, ce film propose une « exploration  sentimentale », un parcours à travers le Marseille des grands-parents de  René Allio, immigrés italiens installés entre Bon Secours et  Saint-Gabriel, jouxtant la Belle de Mai. Dans ce film mémorial, on  descend en ville et on remonte dans le passé de l’auteur. On saisit des  habitudes et les histoires familiales qui bercèrent son enfance, gagnant  le statut de mythes au fil des récits. Gestes, images, sons, lieux sont  autant de souvenirs que René Allio réagence de film en film pour  dresser le portrait d’une ville qui prolonge et compile ces héros qui ne  laissent pas de traces.