Quand on ouvre un livre de hopepunk, on dialogue avec le futur. Aujourd’hui et maintenant. La littérature de l’imaginaire n’est pas une fuite hors du réel, mais un des outils les plus politiques dont on dispose pour le réinventer, à commencer par ce soir, en ouvrant un livre.
Cette semaine à Culture Pixelle, on a reçu Garance, libraire et sociétaire de L’Hydre aux mille têtes. Une librairie généraliste et engagée, tournée vers les éditions indépendantes, féministes, anticoloniales, la littérature de l’imaginaire, organisée en Scop, fondée en 2018.
Le sujet du jour : le hopepunk. Un mot né en 2017 d’un simple post Tumblr d’Alexandra Rowland – l’espoir est un acte de rébellion – devenu un genre littéraire à part entière. Le hope punk est au croisement de l’écologie, du féminisme, du queer et de la justice sociale. Et une réponse directe à la saturation du cyberpunk, ce futur de néons et de surveillance qui était censé être de la fiction et qui est devenu notre présent.
Pourquoi parler du Hope Punk à Culture Pixelle ? Parce qu’il ouvre ouvre une troisième voie narrative au delà d’une utopie naïve ou d’une dystopie paralysante du Cyberpunk, cette littérature et ces univers cinématographiques qui alimentent tout notre imaginaire technologique depuis Philip K. Dick à Norman Spinrad, de John Brunner à William Gibson. De Minority Report à Blade Runner 2049 !
Pourquoi aussi ?
“Parce que les autrices et les auteurs sont gentils avec leur personnage. Et ça, ça change vraiment énormément. »
Cette gentillesse dit tout sur la révolution esthétique du hopepunk et de ce que ces oeuvres transforment les théories narratives classiques qui font souffrir les personnages, aggravent sans cesse leur situation pour croire que notre attention demande cela ! Le hopepunk refuse cette logique. Les personnages sont préservés, soignés, laissés à une existence qui leur est propre au-delà de l’arc narratif. Ce n’est pas de la complaisance mais une posture politique. Becky Chambers, une des figures centrale du genre, construit des univers où les personnages pensent, évoluent, existent pour eux-mêmes. Et cette tendresse-là, dans un monde saturé de violence narrative, est joyeusement subversive.
« On y est déjà. Il y a des choses qui étaient dans des livres de SF des années 70, on a dépassé. »*
Le hopepunk est aujourd’hui nécessaire plutôt que simplement désirable. Le cyberpunk des auteurs des années 50 et 60 qui écrivaient notre présent sans le savoir, n’est plus un référentiel. La dystopie est arrivée. Elle est là : les métacorporations, la surveillance numérique, les inégalités explosées … On n’a même plus besoin de les imaginer. Ce qui manque maintenant, ce sont d’autres mondes possibles à faire exister. Le hopepunk ne nie pas le marasme, mais ouvre des bifurcations.
« Cette littérature de l’imaginaire nous permet de réinterpréter le présent. Elle ne nous envoie pas dans le futur — elle nous permet de réactualiser notre présent. »
A Culture Pixelle on aime citer Nicolas Nova pour formuler ce qui est peut-être la clé de ce rapport complexe que l’on a aux récits et leur supposé pouvoir de transformation : la littérature de SF n’est pas prophétique, elle ne prédit pas ce qui va venir, elle nous donne des outils pour lire ce qui est déjà là autrement, pour faire dès aujourd’hui. Et si le hopepunk arrive aujourd’hui avec cette force-là, c’est parce qu’on en a besoin maintenant, pour regarder différemment un présent numérique qui se raconte lui-même et nous accompagner à faire, ensemble, un pas de côté.