Cette semaine à Culture Pixelle, on fête les 10 ans de TENK, avec Mohamed Rochdi Sifaoui directeur général de la plateforme depuis 2021. 10 ans de cinéma documentaire en ligne, sans algorithme dominant, sans logique de buzz, sans actionnaire à satisfaire. On a aprlé de ce que ça veut dire, concrètement, de tenir un projet comme celui-là dans un paysage numérique de plus en plus concentré, algorithmisé et ou l’économie de l’attention à remplacé les enjeux de culture commune. Et la réponse collective et coopérative que propose TËNK est une réponse pragmatique à la nécessaire reconfiguration des dynamiques de diffusion en ligne. TËNK n’est plus une alternative, mais un modèle à suivre et à dupliquer !
TËNK est née à Lussas, village ardéchois historiquement lié au cinéma documentaire d’auteur, d’un constat simple et une vigilance : les chaînes publiques et privées réduisaient leur place au documentaire de création au profit de formats formatés, prévisibles, calibrés pour l’audience. Donc à une réduction de la liberté d’expression, et de la pluralité et diversité des expressions La plateforme a répondu à ce manque comme coopérative. 60 sociétaires au départ, 600 aujourd’hui. La filière, puis les citoyens.
« On se définit volontiers comme faisant partie de la bataille culturelle. Les films documentaires, la complexité du monde, la nuance que des cinéastes vont chercher, c’est une résistance à l’affaiblissement de la pensée. »
On ne dit plus « on fait de la culture » mais “bataille culturelle”. Le mot dit quelque chose d’important sur le moment qu’on traverse. Dans un paysage médiatique qui s’appauvrit, où les algorithmes des plateformes dominantes poussent ce qui est déjà vu vers encore plus de visibilité, le documentaire d’auteur est une forme de résistance et surtout un espace pour rendre visible les diversité, les autres regards sur le monde. Un documentaire qui prend le temps, qui cherche la nuance, qui va là où le regard ordinaire ne va plus forcément. TËNK se définit comme un outil politique de réflexion commune partagée.
« Une personne, une voix. Celui qui a mis beaucoup d’argent et celui qui n’a pas mis beaucoup d’argent, c’est pareil au niveau du pouvoir. »
Dans un monde où les plateformes culturelles sont soit des multinationales cotées en bourse, soit des services publics sous pression budgétaire, TËNK propose un troisième chemin : la coopérative ouverte aux citoyens. “Une personne, une voix”, la formule est classique, et elle prend tout son sens quand on la pose face aux modèles de gouvernance de Netflix ou de Meta. Ce qui se joue dans la structure de TËNK, c’est une question de pouvoir d’agir collectif : qui décide de ce qui mérite d’être vu ? La réponse coopérative, c’est que cette décision appartient à la communauté, pas au capital.
« Chaque outil qu’on choisit, c’est politique. Mon éthique, c’est faire mieux : comment on fait mieux l’année prochaine ? »
A TËNK on refuse à la fois le purisme idéologique et la résignation pragmatique. TËNK utilise des outils GAFAM. comme le référencement Google amène du trafic sur la plateforme. Mais chaque année, la question est posée : comment faire mieux ? Pas de manière parfaite, mais de manière progressive, itérative, collective, en alliance, avec l’économie sociale et solidaire, avec les bibliothèques, avec les centres sociaux, avec des partenariats municipaux. Marseille, depuis le 1er janvier, offre l’accès à TËNK gratuitement via ses bibliothèques. C’est ça, aussi, la bataille culturelle collective, qui fait que le documentaire n’est pas qu’un genre en voie de disparition, mais comme une infrastructure de la pensée collective, à défendre, à élargir, et à rendre accessible au plus grand nombre.