Cette semaine à Culture Pixelle, on retourne au 101ème rencontre de Trans-Europe Halles à la Friche Belle de Mai en avril dernier. On en a profité pour inviter deux acteurs qui travaillent au croisement de la culture, du politique et du numérique, depuis des situations différentes avec une même conviction : la culture est une infrastructure de résilience avec les réseaux numériques .
Au micro de Culture Pixelle, Franky Blandeau, directeur adjoint de la coopération et du dialogue des sociétés à l’Institut français de Paris, et Laurent Bigarella, coordinateur au sein de Arty Farty du réseau RESET : réseau européen de structures culturelles et médias indépendants avec 160 membres à l’échelle européenne. Un échange qui a commencé en Ukraine et s’est terminé sur nos propres dépendances numériques. Un chemin plus court et plus évident qu’on ne le pensait.
« Un pays qui est sous les bombes invente sa propre image, invente en même temps sa projection à l’international. »
Franky Blandeau décrit comment en Ukraine, depuis 2022, s’est construit une stratégie de soft power culturel en temps de guerre. Les médias, les artistes, les institutions sont les vecteurs pour exister à l’international, mobilisés en même temps que les armes sur le terrain. Et le numérique joue un rôle clé, que ce soit via Telegram comme espace d’information de masse, ou la présence quotidienne de Zelensky sur les réseaux comme un plaidoyer incarné, et le développement de média public de confiance sur le net. L’Ukraine ultra-connectée depuis longtemps renvoie un miroir sur ce que les outils numériques peuvent réellement faire.
« Nous sommes complètement dépendants de plateformes qui ne sont pas européennes, qui nous empêchent d’avoir le lien avec nos communautés. »
Laurent Bigarella pose néanmoins un diagnostic sans détour. Le virage des GAFAM dans la diffusion des contenus n’est pas un accident isolé, c’est le signal d’une dépendance structurelle. Pour les structures culturelles indépendantes comme pour les médias, le lien avec les publics passe aujourd’hui par des infrastructures qu’elles ne contrôlent pas, dont elles ne fixent pas les règles, et qui peuvent changer de cap du jour au lendemain. La souveraineté numérique n’est plus une question technique, c’est une condition de l’indépendance éditoriale et culturelle. C’est la priorité que Reset! s’est donnée pour cette année.
« Si on veut avoir prise sur le réel et sur les politiques publiques, on a besoin des acteurs publics. »
Laurent décrit le modèle Reset! : trois collèges avec les structures indépendantes, les organisations ressources, et les collectivités locales. Lyon, Bruxelles, Gênes. Des villes membres d’un réseau d’acteurs indépendants. Sortir du silo, construire des coalitions avec la Commission européenne, avec les parlementaires, avec les acteurs publics qui partagent les mêmes valeurs sur la liberté de création et d’expression. Dans un contexte où des régimes illibéraux freinent l’accès aux financements étrangers des structures culturelles – comme en Géorgie avec la loi sur les agents de l’étranger – ce travail d’alliance est fondamental, prospectif et urgent.