A Culture Pixelle on a reçu deux figures des médias indépendants en ligne. Laurent Mauriec, co-fondateur et CEO de Brief.me qui propose chaque soir l’actualité expliquée en 7 minutes, sans publicité, sur abonnement. Et Julien Vinzent, journaliste et président de Marsactu, média d’investigation locale à Marseille, depuis 15 ans, que l’on avait déjà reçu pour les 10 ans de Marsactu. Deux projets importants pour la presse indépendantes, deux modèles qui ne ressemblent à rien d’autre.
L’occasion pour nous de traverser une question qui ne lâche pas : dans un paysage informationnel saturé de flux, d’algorithmes et d’IA générative, de la multiplication des fakes news et des stratégies d’influences intérieures et étrangères, comment le journalisme et les médias indépendants sont des vigies de la démocratie ? Comment ces pure-players rendent robustes l’information quotidienne ?
« En étant abonné, on reprend le contrôle de son information. »
Laurent Mauriac pose une distinction simple et qui change tout : s’informer versus être informé. Être informé, c’est se mettre en position de recevoir les flux, les algorithmes, les recommandations de plateformes qui publicisent l’engagement plutôt que la compréhension. S’informer, c’est un geste actif, politique. Choisir un média, s’y abonner, y revenir, c’est reprendre la main sur ce qu’on laisse entrer dans sa tête. Dans un contexte où l’IA générative inonde les médias gratuits de contenus de plus en plus indiscernables, ce geste-là devient une ligne de robustesse démocratique.
« Ce n’est pas une opinion qui manquerait, c’est finalement des infos qui manquent. »
Julien Vinzent décrit ainsi le positionnement de Marsactu : on pourrait croire que la pluralité du débat public manque de voix supplémentaires, de points de vue, d’éditoriaux engagés. Mais ce qui manque ce sont des faits : des enquêtes sur des projets d’incinérateur, sur des marchés publics, sur des décisions qui se prennent loin des pages people et des résultats de l’OM. L’investigation locale, ce n’est pas un parti pris de plus, c’est une nécessité que personne d’autre ne comble.
« Les articles deviennent un début de conversation, et pas forcément une fin. »
Le numérique peut apporter au journalisme une agora, un espace animé pour les commentaires, la transparence sur les sources et les méthodes : autant d’espaces où le journaliste descend et se traduit dans le quotidien des gens, des citoyen·nes, et de la cité. Pour expliquer ses choix, accueillir les corrections, admettre les zones d’ombre, expliquer et défendre les partis pris. L’article comme ouverture plutôt que comme verdict. C’est une posture éditoriale, pas une fonctionnalité. Et c’est précisément ce que partagent Brief.me et Marsactu, deux médias qui ont fait de la relation avec leurs lecteurs un projet en soi. Et c’est dans cette relation que va se déployer aussi les enjeux de la liberté d’expression : comprendre que nous faisons toutes et tous les médias, que nous soyons journalistes, lecteurices et lecteurs, aboné·e·s, soutien, critique, commentateurs … L’information n’est pas un bien de consommation, mais une pratique citoyenne, et les médias indépendants sont une infrastructure démocratique à entretenir et garantir !!