Cette semaine dans Culture Pixelle, nous recevions Chloé Sondervorst, réalisatrice à Radio-Canada, chroniqueuse et conférencière.
À la croisée du journalisme, de la médiation et des cultures numériques, elle explore depuis plusieurs années les usages de l’intelligence artificielle — avec une approche qui résonne beaucoup avec Culture Pixelle : aborder les impacts culturels des outils dans nos sociétés, nos quotidiens, nos métiers … une approche profondément incarnée sur différents terrains médiatiques : médias publics, conférences, mais aussi et surtout les réseaux sociaux — notamment TikTok — qu’elle utilise comme un véritable espace de dialogue et d’élaboration commune pour accompagner à se forger un regard critique sur le numérique. Un espace pour construire, avec celles et ceux qui écoutent, scrollent, likent, repostent, commentent … des nouveaux savoirs sur ces objets, leurs intentions et leurs usages.
Car pour Chloé, comprendre la technologie, c’est d’abord accepter une forme de tension :
« J’essaie de trouver un équilibre entre la perspective critique, les questions qu’on pose et la curiosité… cette tension est constitutive de notre rapport à la technologie. »
Une posture précieuse à l’heure où les outils numériques s’imposent dans nos vies. Ni fascination naïve, ni rejet systématique : mais un effort constant pour tenir ensemble complexité et accessibilité.
Dans cet équilibre, les plateformes deviennent alors des terrains d’action. Non pas seulement des espaces de diffusion, mais des lieux à investir, à détourner, à réinterpréter.
« Le défi, c’est de sentir ce qui va pouvoir être amplifié, et d’en profiter comme un cheval de Troie pour amener des questions critiques. »
Une stratégie qui consiste à utiliser les logiques mêmes des algorithmes pour ouvrir des brèches dans les récits dominants. Une stratégie pour essayer de rendre découvrable d’autres récits. Car derrière les usages, la réalité est que l’intelligence artificielle n’est pas neutre. Elle s’inscrit dans des rapports de pouvoir, économiques, politiques, géopolitiques.
« L’IA s’inscrit dans des structures de pouvoir… elle peut renforcer des déséquilibres en concentrant du pouvoir dans les mains de certains. »
Dès lors, la question n’est plus seulement technologique. Elle devient profondément politique : qui conçoit ces outils, pour quels usages, et au service de qui ? Loin d’un discours fataliste, l’épisode ouvre aussi une perspective : celle de l’action. Individuelle et collective.
« On a beaucoup plus de pouvoir que ce qu’on pense parfois… il faut être partie prenante. »
Se retrousser les manches, donc. Expérimenter, comprendre, discuter, détourner. Refuser la seule condition de spectateur dont l’attention a été capté par le design des applis face à des transformations qui nous concernent toutes et tous.
Un épisode pour reprendre la main sur les récits et les usages que la technologie participe à produire et diffuser.