Dans ce nouvel épisode de Culture Pixelle, nous recevions Alexia Mathieu, chercheuse en expérience utilisateur et responsable du Master Media Design à la HEAD la Haute Ecole d’Art et de Design de Genève. Une conversation qui questionne le lien entre design et transformations numériques ? Et ce qui, dans le design, pour nous accompagner à cheminer vers des futurs alternatifs
Pour Alexia Mathieu, le design n’est pas seulement une affaire d’interface ou d’esthétique. C’est d’abord une pratique d’observation du monde. Une manière de regarder les gestes ordinaires, les habitudes invisibles, les usages quotidiens pour y repérer les transformations en cours.
« Pour moi, ce qui est au cœur de tout ça, c’est l’observation : comment on observe les personnes, comment on les interroge sur des habitudes, des choses qu’elles ne savent pas forcément qu’elles font tous les jours. »
Observer les micro-gestes du quotidien, comprendre les usages, écouter les contradictions : c’est à partir de ce terrain que peuvent émerger de nouvelles formes d’interaction avec la technologie. Un design qui ne part pas des machines, mais des vies.
Mais dans la réalité, le design est pris dans des structures économiques et industrielles très puissantes.
« Le design est fondamentalement capitaliste, mais je pense qu’on peut amener d’autres manières de faire dans le design. »
Faire autrement, c’est ouvrir prendre le design comme un observatoire lui-même à l’articulation d’autres disciplines, d’autres imaginaires — la science-fiction, les sciences sociales, les pratiques artistiques — et situé, au coeur de de contextes concrets où les technologies prennent forme, où les outils sont utilisés.
A ce stade, nous avons évoqué le parcours et les travaux de Nicolas Nova, qui avait oeuvré dans ce même département et avait initié cette idée du design comme pratique de futurs possibles.
« L’idée n’est pas de prédire le futur, mais de proposer des alternatives pour décider ou non d’aller vers ce futur-là. »
Une phrase qui résonne particulièrement avec l’esprit de Culture Pixelle et de nos récentes expériences à l’Ososphère à Strasbourg où nous avons ouvert un espace de dialogue avec le futur. Les transformations technologiques actuelles ne transforment pas seulement nos outils et nos conditions de production : elles transforment en profondeur nos capacités et nos possibilités de produire des récits, de partager des imaginaires, et de reconcevoir nos manières de vivre ensemble. Le rôle du design — comme celui de l’art — sera peut-être justement de rendre visibles les bifurcations possibles. Les derniers travaux d’Alexia portent sur le textile dans les jeux vidéos. Un espace pour habiller le jeu et jouer le vêtement !
Un épisode à écouter pour prendre le numérique comme une matière à observer, raconter et réinventer.