Dans ce deuxième épisode, Radio Grenouille reçoit WANG Jing, autrice et metteuse en scène de Moi, Elles.
« Ce projet est fondé sur mon expérience personnelle. Je suis arrivée en France en 2008 à la suite d’un malheur familial. Depuis mon arrivée, les gens que je rencontre s’interrogent sans cesse : quelles sont mes origines ? Pourquoi suis-je venue en France ? Est-ce que je retournerai en Chine un jour ? Petit à petit, mes réponses sont devenues aussi banales et aussi systématiques que les questions. » WANG Jing
Avec Moi, Elles, l’autrice et metteuse en scène WANG Jing écrit pour la première fois en français et signe un texte inspiré de sa propre vie. Elle explore les relations mère-fille à travers les histoires croisées de trois femmes venues de Chine, du Mali et d’Iran, vivant en France. Leurs destins se reflètent et s’entrelacent, mêlant la violence du passé aux défis de l’exil et de l’émancipation. Portée par trois comédiennes, dont une danseuse, cette pièce tisse un dialogue entre mots, mouvement et musique live, créant un espace où les récits individuels deviennent mémoire collective.
Une conversation croisée avec Dorcy Rugamba, auteur et interprète de Hewa Rwanda, lettre aux absents.
Ce matin maudit, l’astre solaire que dévoilaient les nuages n’annonçait ni les premières récoltes ni la transhumance des bovins vers les eaux salées du nord mais la Pâque par le feu et par le sang, la fameuse moisson du Dieu de la miséricorde éternelle.
« Chaque année, je reviens à Kigali, dans la maison de ma famille. Il y a toujours du lierre sur les murs, des callas et des langues de feu sur la terrasse, le palmier et le papayer à l’entrée, le mont Jali au nord, le mont Kigali au sud. Mais pendant des années, ce retour m’a été impossible.
Ce spectacle est une lettre d’amour pour celles et ceux qui ne sont plus, un hymne à la vie, une part du culte des ancêtres. Je m’adresse à mon père, à ma mère, à tous·tes les absent·es. Je dis ce que j’ai vu et appris auprès d’elles·eux, l’enfant et le jeune homme que j’étais, le temps qu’il m’a fallu pour accepter l’inacceptable. Je me tiens au plus près des absent·es, j’honore leur mémoire et leur vie, j’explore le monde d’avant pour en dire la beauté et la poésie, et je m’interroge : comment traduire en mots ce qui demeure hors de portée ? »
Dorcy Rugamba
Animation : Léna Rivière
Réalisation : Antoine Soulier
