Cette semaine, Culture Pixelle est en anglais, parce que La Friche Belle de Mai accueille la 101e rencontre de Trans-Europe Halles, réseau européen de centres culturels dans des friches industrielles, fondé en 1983, aujourd’hui présent dans 43 pays. Le thème de cette édition : Imagine Within Limits pour questionner ce que l’on peut faire quand les modèles s’effondrent, les ressources se raréfient, et que la planète nous envoie ses signaux d’alarme depuis bien longtemps ?
Autour des micros, Mieke Renders, déléguée générale de Trans-Europe Halles, et future responsable de la Capitale Européenne de la Culture 2029 à Kiruna en Laponie, et Laura Camacho, facilitatrice de transformation artistique sur le projet CTM — Cultural Transformation Movement. Deux voix, deux géographies et deux manières d’agir pour une même conviction : transformer, oui, mais ensemble !
« They are creating bubbles of hope, bubbles of a new imagined future that is very interdisciplinary, transdisciplinary… They reinvent their communities, their neighborhoods, their cities, by seeing a potential in these abandoned, once thriving factories or places. »
L’image des “bulles d’espoir” de Mieke pour définir les centres culturels en friches, illustre qu’ils ne sont pas des refuges mais des laboratoires de réinvention collective, des espaces safe pour agir et penser. Des lieux naissent du militantisme et se professionnalisent dans le chaos, pour finir par changer le regard d’une ville sur elle-même. Ce qui était rebut industriel devient ressource commune. Ce mouvement-là, c’est l’histoire même de la Friche Belle de Mai, et de tant d’autres friches à Marseille !
« Who is owning that future? Historically, who has done science fiction globally? From Western societies. And if we don’t own that future, then the dynamics of silencing would be repeated. »
Et dans cette réinvention, on parle beaucoup d’imaginaires, de récit. Laura porte un travail prospectif avec des artistes, en posant au coeur de cette réflexion, non pas seulement les formes, mais surtout qui les porte. L’Afrofuturisme, le futurisme arabe, les imaginaires du Sud global, ne sont pas des curiosités exotiques, ce sont des actes de résistance épistémique. Si les futurs sont toujours imaginés depuis les mêmes centres, les mêmes cultures, les mêmes privilèges, alors la transformation reste esthétique. Pas politique. Changer le présent, c’est d’abord contester qui a le droit de rêver l’avenir.
« What we have to shift is the context, and not the community. »
Dans les débats sur la représentation et l’inclusion, on demande souvent aux communautés marginalisées de s’adapter, de faire un effort, de rentrer dans le cadre. Laura inverse le raisonnement : c’est le cadre qui doit bouger. Chaque personne, artiste, actrice ou acteur culturel, habitante d’une friche, possède une agentivité, petite ou grande. Le projet CTM part de là : non pas changer les gens, mais changer les conditions dans lesquelles ils peuvent agir.
Changer les conditions c’est peut etre envisager les lieux culturels comme des quatrième lieux. Mieke nous a partagé ce concept qui lui est important. Après le travail, le foyer, et le tiers-lieu, ce Quatrième lieu est celui où l’on ne vient plus consommer que de la culture mais où la culture fait émerger un sens commun, là où les religions s’effacent, là où les liens se refont différemment, dans de nouvelles conditions, là où les friches se réinventent. Pas un programme ou un dispositif. Mais peut-être la prochaine étape pour les centres culturels : devenir des lieux où l’on refait monde, ensemble, à nos propres mesures.