Il y a deux semaines, on recevait dans Culture Pixelle, Olivier Schulbaum, directeur stratégique de la Fondation Platoniq, basée entre Barcelone et Palma de Majorque. On se connaît avec Olivier depuis longtemps, où Platoniq gravait des CD de musique libre et installait un émetteur FM dans une Burn Station à la Friche Belle de Mai pour discuter des droits d’auteurs, de la circulation des oeuvres et de la régulation des échanges sur Internet. Vingt ans plus tard, la question posée n’a pas changé, mais elle s’est déplacée : comment les outils numériques peuvent-ils servir la démocratie plutôt que chercher à l’automatiser ?
Platoniq, c’est un projet singulier et inédit : un label devenu laboratoire de cultures et de numérique, qui développe des outils pour incarner les idéaux collectifs, coopé”ratifs et participatifs de l’Internet. Ils et elles ont développé Goteo, plateforme de crowdfunding solidaire et citoyen ou Decidim, plateforme de coopération et de participation citoyenne déployées dans plus de 400 villes. Et maintenant Platoniq développe, sur ces bases, une école de la créativité et de la démocratie. Parce que la participation ne se décrète pas dans du code, elle se construit dans des personnes, des territoires, des cultures, et des dynamiques de politique locale.
« Ce qu’on traite vraiment maintenant, c’est un peu comment réapprendre la démocratie à l’ère des plateformes. »
Pas reconstruire. Pas inventer. Réapprendre. La démocratie n’a pas disparu, mais elle a été transformée en protocole, confiée à des interfaces publiques comme privées qui optimisent l’engagement plutôt que la délibération. Le travail de l’équipe de Platoniq cherche à démontrer qu’une même infrastructure numérique peut produire des effets radicalement opposés selon qui la conçoit, avec qui, et depuis quel terrain.
« La créativité doit s’appliquer sur absolument toutes les phases des processus démocratiques. »
Les assemblées citoyennes produisent des recommandations, les décideurs les « technifient », et tout le côté émotionnel, la motivation, la légitimité construite collectivement, s’évaporent. Platoniq ne fait pas de beaux ateliers participatifs, mais conçoit pour cela l’https://platoniq.net/es/projects/escuelab/, pensée pour les 16–29 ans, qui articule délibération, théâtre législatif, badges de compétences pour se former aux compétences démocratiques.
« Dans le futur, vu la menace de l’IA sur le travail intellectuel, c’est le moment idéal pour développer des capacités d’imagination sur les démocraties. »
L’IA automatise le travail cognitif de masse. Ce qui résiste à l’automatisation, ce qui ne peut pas être délégué à une machine, c’est précisément la capacité à délibérer ensemble, à construire du commun, à imaginer d’autres formes de gouvernance. C’est maintenant qu’il faut former à ça. Pas dans dix ans, quand les bifurcations seront déjà figées.