Cette semaine à Culture Pixelle, on explore ce que nous appelons l’esthétique de l’impact : la manière dont nos gestes numériques (un like, un commentaire, un partage, un scroll, ou même la simple passivité) font voyager les contenus autour de la planète et finissent par produire du sens. Une idée qui doit beaucoup à l’esthétique relationnelle de Nicolas Bourriaud, qui montrait que les œuvres ne se comprennent pas sans les relations qu’elles créent avec leurs publics.
En ouverture, une météo du scroll depuis Bogotá, où Emmanuel nous fait découvrir le compte Instagram du Centro Nacional de las Artes Delia Zapata Olivella. Un ancien théâtre à l’italienne qui, avec plus de 110 000 abonnés, raconte en ligne les enjeux de reconnaissance des cultures autochtones, afrodescendantes, féminines et paysannes de la Colombie.
Puis, en studio, Zazem, créatrice de contenu, qui travaille chaque jour avec les algorithmes de TikTok et d’Instagram pour décrypter l’actualité. Une relation faite de lutte et d’incompréhension :
« C’est hyper frustrant de ne pas comprendre ce qui fait qu’une vidéo marche ou marche pas. »
Une vidéo à 2 000 vues sur TikTok, reprise sans crédit par un autre compte, peut en faire 200 000 ailleurs. Le timing semble compter plus que tout : réagir tout de suite à l’actualité vaut mieux qu’une analyse à froid. Et les règles changent en permanence, jusqu’à classer ses vidéos de réaction comme « contenu non original ».
Dans cette culture TikTok, il faut être authentique plus que bien produit. Zazem observe que les gens y cherchent des voix qu’ils n’entendent pas ailleurs, notamment des informations internationales que les médias dominants relaient peu ou tardivement :
« C’est plus pour rétablir l’équilibre des voix qu’on n’entend jamais dans les médias mainstream. »
Reste la question de la viabilité : les algorithmes réclament toujours plus de production, mais les revenus vont surtout aux influenceurs qui vendent des produits. Quels médias voudront financer des créateurs de contenu ? Ou doit-on passer, comme le dit Marie, de la radio libre à l’auto-édition ?

