carnet de bord-13

Figer? – Dimanche 06 juillet

FID JOUR 6Il faut le figer mon cinéma? Peut être juste le ponctuer pour qu’il naisse et non vegète. Les choix se doivent d’être finaux, il faut lui donner un nom à mon petit cinéma, et le laisser aller. Quelle importance qu’il ne soit pas parfait tant qu’il s’agit bien du mien, car il faut bien qu’il me ressemble mon petit cinéma pour qu’il existe. Certains ni verront pas un documentaire, ni même quelque chose de bien terre à terre, mais qu’importe; ce sera bien le mien, ce petit cinéma.


Choisir son cinéma – Samedi 05 juillet

FID JOUR 5Le cinéma est un amas de choix, aujourd’hui je les assemble et mon montage est un montage de choix. Il y aurait mille et une façon de refaire mon cinéma, mon montage est le mien, pas le meilleur, pas le pire, juste le mien. C’est par mon montage que ce cinéma devient le mien. Sonore cette fois, mes images sont mes souvenirs mais je les recrée mes images, je les redessine; j’en fait ma mosaique et mon tableau. C’est ça oui, c’est mon souvenir que l’auditeur entendra. Et par tout ça je crois, là, que je le repousse encore une fois, l’arrêt de mon cinéma.


C’est pas vrai qu’il y a ‘la vie’ – Vendredi 04 juillet

FID JOUR 4« Le manque à vivre est constitutif de la vie » m’a dit Jean-Pierre Rehm aujourd’hui, le délégué général du FID m’expliquait qu’exister, c’est se brancher constamment sur quelque chose. Alors j’y ai réfléchi aujourd’hui en promenant mon micro dans les rues de Marseille. Et j’ai cherché à regarder ce à quoi les gens se branchaient autour de moi. Le monsieur qui achetait ses melons écoutait de la musique tandis que la dame lisait un gros livre sur son banc, devant la boulangerie, où un couple tenait une grosse boîte de gâteaux. En passant, un autre monsieur me montre la télé qu’il vent d’acheter pour les jeux de son fils, qui lui regardait sur son téléphone les dernières informations sur le match du soir. Le vent était fort et les gens semblaient vouloir y échapper. Étrangement, j’avais la sensation qu’on rentrait dans les salles obscures pour s’y réfugier. Je me suis rappelé la phrase de Jean-Pierre Rehm « C’est pas vrai qu’il y a la vie, elle est pas disponible », et j’étais un peu troublé. Et puis finalement, avec Adrien, on s’est laissé porter et nous aussi on y est allé.


Son montage – Jeudi 03 juillet

photo jour 3 FIDCe sont des sons que je me suis donc mis à réécouter et je me demandais si sans images mon cinéma en était encore un. Je revivais mes échanges avec ceux qui ont bien voulu jouer le jeu de mon micro. C’est étrange, mon cinéma était bien là, c’était bien le mien de cinéma, je le reconnaissais; il avait pris une autre forme, c’est tout. Alors je me suis mis à les monter ces sons d’images, le monsieur qui attendait son poisson viendrait joindre les garçons à la moto, et puis les jeunes rêveuses regarderaient leur oiseau alors que la dame au petit chien viendrait s’asseoir à côté d’elles. Puis, peut être, pourrais-je lui faire vendre son premier sorbet à cette petite dame derrière son charriot rose, elle pourrait le vendre au monsieur qui fait ses documentaires, ou alors je pourrais amener ce Monsieur parler avec le premier pêcheur peut être, ou devrait-ce être à ce vieux monsieur à canne à pêche d’aller se rafraîchir auprès de la petite dame au charriot rose?Je les imaginais mes personnages, ce n’était plus de simples sons, je les faisais parler, courir, trébucher ou chanter mes personnages. Que pourrait-ce être donc d’autre que du cinéma?


On connaît pas le documentaire, nous – Mercredi 02 juillet

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Il nous fallait reprendre la route sur les chemins du documentaire. Au Mucem et sur son esplanade de bord de mer je baladais mon micro. Adrien en vérifiait le fonctionnement, toujours, là, micro et câble lâchement tenus. Ils étaient nombreux, sur cette esplanade du documentaire à m’en parler de celui-ci de cinéma. Il était certain que, pour quelques uns, le documentaire en était bien un, de cinéma. Pour d’autres cependant, tout ceci semblait un peu trop terre à terre. Et moi, à travers mon petit documentaire, je crois que je cherchais surtout à ne pas arrêter le mien, de cinéma.


Vous avez le droit de rire – Mardi 01 juillet

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Nous étions un peu troublés je crois, là, dans les détours de ce festival peut être un peu trop grand pour nous. Je démarrais cette expérience et tentais de faire mon cinéma, sans caméras cette fois. Dans notre errance, nous cherchions à en savoir un peu plus sur ces films annoncés un peu partout, je me demandais s’il s’agissait là de cinéma et, étrangement, je n’en étais pas bien certain. Je tenais mon micro un peu plus fermement qu’à l’habitude et Adrien vérifiait le bon son de ma déambulation. Je le tendais mon long fil noir, aussi loin que je pouvais, car je voulais capter ces paroles qui voulaient bien m’éclairer.
Puis nous sommes allés voir Le Grand Musée, c’était le film d’ouverture de la soirée et, avant la projection, le réalisateur nous autorisa à rire. Je me suis dit que peut être nous étions dans un lieu où, d’ordinaire, il n’était pas bien vu de s’autoriser le réflexe de gaieté. Cette idée me troubla un peu et le réalisateur finit son discours. Ensuite, Das Grosse Museum a commencé et je regardais autour de moi qui serait le premier à braver l’inhibition habituelle. Lorsque le premier rire se fit entendre, d’autres suivirent et les expirations saccadées furent de plus en plus nombreuses; je me laissa alors aller, moi aussi, aux étranges contractions musculaires.
C’était amusant ce grand musée, c’est ce à quoi je pensais lorsque les lumières se sont rallumées; et je me suis dit là, je crois, qu’il s’agissait d’un bien drôle de cinéma.

Crédit photo: Matthieu Robinet (www.matthieurobinet.com)